Pandora



Pandora








Séance 8 - Du Mythe à la philosophie


mardi5/02





« Alors Zeus, craignant que notre race ne fût anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice, pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l'amitié. »


recours paradoxal de Zeus ( ou de Platon) à Hermés pour « porter aux hommmes » des qualités dont est dénué le messager lui-même.





1- au niveau littéral, on peut imaginer que Platon joue sur la fonction de « messager des dieux » et de Zeus en particulier, ce qui est la fonction d'Hermès.


2- mais comme Platon/Socrate recourt au mythe dans Protagoras à des fins dialectiques, on peut aussi supposer que le choix d'Hermès comme messager paradoxal n'est pas innocent.


Se rappeler le contexte de Protagoras (un orateur célèbre arrive à Athènes et Socrate écoute ses thèses en les combattant subtilement )





Quelques pistes de réflexion pour notre atelier :


On passe « historiquement » (Hesiode, VII e s av JC) de Prométhée comme médiateur dans la survie ( faim, technique) des hommes à Hermès, présenté par Platon comme médiateur vers l'état social supérieur de l'humanité ( art de la Politique) au IVe s av JC.


Les deux divinités ont des points communs (Hesiode), et des antagonismes


a) pour Prométhée., la ruse (Bios, la nourriture, la semence - sperma- du feu) permet de comprendre la scission entre monde des humains et monde des dieux après Mékonè – la vie éternelle /la mort après bien des peines, le feu sacrificiel permettant de laisser aux hommes ce dont ils ont besoin, la nourriture cuite qui les différencie des animaux, le feu qui ouvre la possibilité de la survie par la technique), le rôle des héros comme intermédiaires entre immortels et mortels. Prométhée, philantrope, est un voleur, immobilisé, enchaîné, vaincu.


b) pour Hermès la ruse (dissimuler le vol, faire de faux serments) lui permet d'intégrer le monde des dieux 'par la petite porte', d'être reconnu comme fils de Zeus, intermédiaire ( porteur de messages), et estimé de son père comme doué de rouerie ( à l'instar des marchands et des voleurs), d'un usage du langage plein de tromperie ( pieux mensonges). Hermès, philandros, est un voleur, mobile à l'extrême, d'un point à un autre , d'un point de vue à un autre ( versatile, habile), vainqueur des difficultés.





Pour les mythes archaïques , puis Platon, et Hésiode .. soit,


les humains, mortels, cohabitent avec les dieux immortels jusqu'au banquet final de MéKonè ou apparaît Prométhée comme héritier des Titans – par son père Japet- dans la lutte contre le pouvoir absolu de Zeus... sa défaite entraîne des conséquences pour les humains


soit


- l'homme est créé de limon et de feu, mais il est nu et désarmé, sa survie est problématique. L'intervention salvatrice de Prométhée ( vs Epiméthée) va devoir être complétée par celle d'Hermès qui va intervenir pour permettre aux hommes de vivre en société sans se détruire : il apporte le sentiment de la retenue, de l'honneur, et du droit , et en fait don à TOUS les hommes sans distinction. Ce qui est voulu par Zeus lui-même.





Dans Protagoras, Hermès et le mythe de son intervention aidante pour les hommes est invoqué dans le cadre d'une discussion entre Socrate ( le philosophe), et Protagoras ( le Sophiste, qui prétend éduquer la jeunesse dans l'art de vivre en société).


Le recours au mythe est donc à la fois un recours stratégique du sophiste pour séduire la pensée et l'adhésion de ses interlocuteurs, et une façon pour Platon de dévaloriser ce genre de référence, tout en plaidant pour sa propre cause : le véritable philosophe ne vend pas son savoir – qui est un savoir réfléchir- sous couleur d'enseigner la vertu à la jeunesse.





Le recours paradoxal à Hermès peut donc s'expliquer comme façon de souligner l'analogie entre le dieu des voleurs, qui utilise le langage de façon trompeuse .. et l'influence intellectuelle ambitionnée par le sophiste mercantile.








PROMETHEE- HERMES- PANDORA





Lien mythique entre les 3 personnages ;


*Le vol de Prométhée ( fils d'un Titan, donc en rivalité avec le roi des Dieux) déclenche la colère de Zeus qui le punit et punit aussi les hommes destinataires des tromperies de Prométhée (bios, feu, nourriture/technique)


*Hermès est un des fils secrets de Zeus , et d'une cousine de Prométhée (Maïa, une pléiade, fille d'Atlas, frère de Prométhée). Il brûle du désir d'être reconnu par son père , ce qui l'entraîne à de précoces et ambigüs exploits (vol des vaches gardées par son ½ frère Apollon). Confronté au jugement de Zeus qu'il a invoqué en faisant un faux serment, en mentant effrontément, Hermes étonne et réjouit son père qui le « punit » vis à vis d'Apollon – don de la lyre compensatoire au vol- et le promeut « messager des dieux », « porte parole ». Il devient donc pour la tradition orale, le trompeur malin, dieu des marchands ( leur bagout), des voleurs ( leur ruse), des voyageurs ( leur mobilité)...





PANDORA va unir les deux faces des mythes de création des hommes


séparation à partir de Mékonè ( l'âge d'or), Hesiode THéogonie.... Prométhée. La vengeance ; illustration d'Eris 1 « tout se paie »


À partir de la création originelle par les dieux, de limon et de feu … (Hesiode T&J, Platon) Prométhée et Epiméthée ; L'émulation, fonction positive d' Eris 2





PANDORA va représenter


la vengeance suprême de Zeus, et la punition éternelle des hommes ( travail/ animalité)- Eris 1


" Fils de Japet, qui en sais plus que tous les autres, tu ris d'avoir volé le feu et trompé mon âme, pour ton plus grand malheur, à toi, comme aux hommes à naître : moi, en place du feu, je leur ferai présent d'un mal, en qui tous, au fond du coeur, se complairont à entourer d'amour leur propre malheur. "
(Hésiode, Des travaux et des jours.)


la création divine charmante et irrésistiblement seduisante (charis), qui contraint et épuise l'homme à des tâches infinies liées à ses appétits physiques, incarnant aussi le Mal, la fourberie. ; dans un équilibre relatif entre les apparences et la réalité, entre les qualités et les défauts- Eris 2





PANDORA et le mythe :





Pandora est la femme, créée selon le vœu de Zeus , pour le malheur et la perte des humains. Pour ce faire, le roi des dieux demande à chaque Dieu de l'Olympe de contribuer à sa vengeance, pour que cette créature porteuse du mal soit aussi l'objet d'un amour absolu de la part des hommes.





Hephaïstos la façonne avec de l'argile et de l'eau, à l'image d'une « parthenos », jeune fille bonne à marier, à la ressemblance d'Athéna, Artémis et Hestia, pleine de « charis »


Athéna l'anime ( le souffle, l'âme), l'habille et lui enseigne l'art du tissage


Aphrodite lui donne le don de séduire et la beauté


Peitho lui donne la persuasion


les Charitès la parent d'un collier d'or


les Heures la couronnent de fleurs


Apollon lui donne le chant et la musisque


Hermès lui donne le don de la parole et l'art du mensonge, un cœur de chienne.





Après l'avoir nommée Pandore « qui a tous les dons » ou bien « qui a reçu les dons de tous » Zeus l'envoya, sur la Terre comme cadeau à Epiméthée et lui donna aussi en guise de dot, une jarre qu'il lui interdit d'ouvrir. Cette jarre contenait tous les maux de l'humanité : la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion, l'Orgueil. Toutefois Zeus ajouta Elpis, la déesse de l'Espoir ou plus exactement "de l'attente de quelque chose", de l'expectative.


Hermès, rapide messager des dieux, fut chargé de conduire Pandore auprès d'Epiméthée. Ce dernier, ébloui et charmé d'emblée, oublia les conseils de son frère Prométhée et accepta le don de Zeus, il fit de Pandore son épouse. Laquelle obéit à la suggestion de Zeus ( ou poussée par la curiosité, ou par hasard...)et ouvrit la jarre... tous les maux, invisibles, s'échappèrent alors et se répandirent dans le monde ; seul, plus lent à sortir, l'espoir ( l'attente, l'expectative) demeura dans le fond de la jarre.





Commentaires sur le mythe de Pandora :


Parallélisme et équilibre entre les ruses de Prométhée et celles de Zeus via Pandora.


le dedans et le dehors : ( apparences/fondement)


les offrandes sacrificielles ( les os/la chair), le vol de la semence du feu ( tige du fenouil verte, feu caché)


l'apparence charmeuse de pandora et sa chiennerie


=>Ce qui va caractériser la vie humaine c’est son ambiguïté, son caractère contradictoire. Dorénavant, chez les hommes, il n’y a plus de bien sans mal. Il n’y a plus de jeunesse sans vieillesse. Il n’y a plus de venue au monde, de naissance, sans déperdition et mort. Il n’y a plus de bonheur, sans malheur, pas d’abondance sans d’abord fatigue et épuisement.


De plus, Zeus a fait en sorte que pour pouvoir manger et subsister, avoir bios, les céréales, le blé, la nourriture de vie, il fallait enfouir la semence du blé dans la terre, creuser la terre et enfouir la semence de blé. De la même façon, ce que Prométhée a volé ce n’est pas le feu divin... Le feu de Zeus est un feu immortel qui n’a jamais à être rallumé, qui n’a jamais besoin d’être alimenté. Il est comme les Dieux, toujours jeune, toujours fort. Tandis que ce qui est la part des hommes, comme les hommes ont la semence de blé à enfouir, les hommes ont seulement la semence du feu. D’un feu, divin puisque c’est une semence du feu céleste, mais si on ne fait pas attention cette semence va périr. Il faut cacher cette semence dans la cendre pour que la braise ne se fatigue pas. Et il faut continuellement nourrir ce feu en lui apportant des brindilles, parce qu’il est comme les hommes, il a besoin de manger. S’il ne mange pas, il meurt, ces forces s’affaiblissent. Le monde humain est un monde, qui non seulement dans le corps de l’homme mais dans ce qu’il mange, ou dans son outil technique par excellence est marqué du sceau de la disparition et de la perte, du fait que les choses ne sont pas données pour l’éternité. Les choses sont prises dans le temps. . De façon analogique, la terre est un ventre pour que les blés naissent.Le foyer est un ventre pour que le feu soit alimenté continûment.


De la même façon, à partir du moment où il y a Pandora, les hommes au lieu d’avoir cette vie stable, qu’ils avaient, toujours jeunes, ils ont une vie médiate, seconde. Je ne peux me continuer que si je croîs, pousse, grandis. Je fais avec ma propre semence, c’est le même mot, sperma, comme je fais avec le blé, comme je fais avec le feu. Je cache ma semence dans la gastère d’une femme, il faut que je l’enfouisse dans le ventre d’une femme. Parce que c’est par l’intermédiaire de ce ventre féminin, qui me consume et m'épuise ( pour le nourrir, pour le féconder) mais qui aussi va me faire renaître, sous forme d’un rejeton, que je peux avoir une continuation et une idée de l'éternel recommencement de la vie et de la continuité des générations.


Le bien vient contrebalancer le mal. Les hommes auront (Hésiode) des fils semblables à leur père. C’est-à-dire que la seule façon pour l’humanité, vouée à ce monde contradictoire où bonheur et malheur sont liés, et où on ne peut vivre, si on veut laisser trace de sa vie, en se continuant, c'est la procréation. Les fils reproduisent le père.


Dans l'histoire de l’esprit des Grecs, il y a toute un débat, dans la collection hippocratique, ou chez Aristote et d’autres, pour savoir si les enfants sont semblables au père ou à la mère, si les filles sont semblables à la mère et les garçons au père. Mais pour Hésiode, et Aristote aussi, les enfants sont semblables au père. Pourquoi ? Parce que la mère, la gastére, la panse féminine, celle-là qui a besoin de manger, qui a besoin de rapports sexuels et qui va aussi porter l’enfant, est, comme disent les Grecs, comme de la glaise, comme de la terre. C’est l’homme avec son sperma qui lui donne forme, comme Héphaïstos le fit avec Pandora.


Le statut de l’humain, en tant qu’il est différent des Dieux, et en tant qu’il est différent des bêtes, est exprimé par ce personnage qu’est Pandora, la femme. Pourquoi ? Parce que l’homme est mortel. Il né d’un giron féminin. De ce ventre les hommes vont naître, vont grandir, manger, souffrir, périr, comme les animaux. L’homme est un animal mais il est un animal à part.


La preuve est celle qui est dans le texte. D’abord, il récolte et il mange le blé. Il est mangeur de blé. Ensuite, deuxièmement, il ne mange pas n’importe quoi. Il mange la viande d’une bête qui a été rituellement sacrifiée. Et quand il mange la viande d’une bête rituellement sacrifiée, il donne aux Dieux, avec les os, la vie même de la bête qui monte sous forme de fumée vers les Dieux. Et en même temps il est obligé de se reproduire, comme les bêtes. Mais les bêtes se reproduisent comme elles mangent, sans règles sociales. Elles s’unissent au hasard des rencontres.


Pour etre semblables au père, les enfants naissent dans le cadre du mariage monogamique. C’est-à-dire que s’il y a un rituel de mariage et si, comme Pandora chez Épiméthée, chaque homme a une épouse et que l’enfant doit être le fils légitime d’un homme et d’une femme qui ont été mariés régulièrement. ( cf la recherche de reconnaissance paternelle d'Hermès!)


Autrement dit, l’homme est un animal mais il est différent des animaux parce qu’il y a pour lui des règles sociales.


Ces règles de vie sont les façons pour l’homme, maintenant qu’il est séparé des Dieux, de rester en rapport avec les dieux. L’homme est le seul animal qui quand il se marie, quand il marche, quand il boit, quand il fait l’amour, quand il part en voyage pense aux Dieux et fait un acte vers les Dieux. Nous sommes séparés, différents, mortels, mais nous sommes le seul être vivant, le seul ventre qui a besoin de manger, qui a besoin de se reproduire mais qui en même temps reste toujours lié au divin. Tel est le statut de l’homme, entre les bêtes et les Dieux


Pandora relève du divin , du fait de sa création, , par ce qu’elle imite, par ce qu’elle reflète, dans son apparence, elle est divine. Elle est aussi une sorte de passerelle entre le bestial et le divin. En même temps cette espèce de pont, qui relie le divin au bestial et qui définit la place paradoxale de l’homme, est une création artificielle, un produit de l’art, de la technique du potier... Elle est fabriquée. Ça veut dire qu’elle insiste par le fait même qu’elle a été fabriquée sur le fait qu’il y a des apparences, des ressemblances.


Notre monde à nous , humains et mortels est voué à distinguer le superficiel, l'apparence, du profond, du vrai, du « réel ». Comme dans le paquet préparé pour Zeus, dans le fenouil vert cachant le germe du feu, ... dans la femme, coexistent l’apparence et le réel, le vrai et le faux, la simulation et le véridique. Et en ce sens, elle définit bien aussi, aux yeux des Grecs, une condition humaine, dont un des chemins intellectuels est précisément de réfléchir. Mais dans le monde, qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est Illusoire ? Qu’est-ce qui est le réel ? Qu’est-ce qui est une pure imitation ? Qu’est-ce qui est authentique et qu’est-ce qui est fictif ? Elle-même, elle est tout ça. Elle est le point d’interrogation qui définit la culture grecque dans sa philosophie.Pandora est le personnage mythique permettant de poser la question du vrai , qui se pose en s'opposant à l’apparence.





A la différence de la Genèse, proche par bien des points, de l’histoire grecque de Pandora, il n’y a aucune culpabilité humaine. Pandora n’est pas fautive. Elle a été fabriquée. Elle a été fabriquée et ensuite elle exécute à la lettre tout ce que Zeus lui ordonne de faire. Par conséquent la sagesse des hommes consistera à savoir qu’ils ont une place. Il ne faut ni essayer de se faire chien comme les cyniques, ni essayer de se faire Dieu comme d’autres philosophes, peut-être Pythagore et d’autres. Il faut rester à notre juste place, entre tous les êtres vivants et les Dieux, des hommes.


------ AM G synthèse élaborée, à partir d'une conférence de JP Vernant,


pour l'atelier mythes et philosophies antiques 3/02/2019 -------








Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Atelier 14 le mythe de Theuth dans le Phèdre de Platon

Atelier 13 Phèdre par Platon

Thebes histoire et mythes