Atelier 14 le mythe de Theuth dans le Phèdre de Platon

Atelier 14 Séance 2 : le mythe de Theuth dans le Phèdre de Platon
 Amon (ou Ammon) est l’une des principales divinité du panthéon égyptien, dieu de Thèbes. Son nom Imen « le Caché » ou « l’Inconnaissable », traduit l’impossibilité de connaître sa « vraie » forme, car il se révèle sous de nombreux aspects. Il est Imen achâ renou, « Amon aux noms multiples » Comme l'indique son nom (« Le Caché »), il n'est pas représentable. C'est pourquoi on le représente comme le pharaon, mais coiffé d'une couronne à mortier surmontée de deux hautes plumes verticales et les chairs peintes en bleu. D'abord dieu local de Thèbes, il deviendra par la suite le roi des dieux, « seigneur des trônes du Double Pays ». C'est à l'époque grecque archaïque que l'Amon égyptien est assimilé à la divinité grecque Zeus.. Ce sont les Cyrénéens qui le feront connaître au monde grec en tant que Ammon-Zeus. Thot (ou Theuth) (en grec ancien Θώθ / Thốth, de l'égyptien ancien Djehouty) Représenté comme un ibis au plumage blanc et noir ou comme un baboin, Thot capte la lumière de la Lune, dont il régit les cycles, à tel point qu'il fut surnommé « le seigneur du temps ». Inventeur de l'écritue et du langage, il est le scribe des dieux. Incarnation de l'intelligence et de la parole, il connaît les formules magiques auxquelles les dieux ne peuvent résister. Selon la légende, celui qui était capable de déchiffrer les formules magiques du Livre de Thot pouvait espérer surpasser même les dieux. Le respect que Thot inspire lui vient de son savoir illimité. Toutes les sciences sont en sa possession :Il connaît tout et comprend tout. En tant que détenteur de la connaissance, il est chargé de la diffuser. C'est pourquoi il a inventé l'écriture. Les anciens égyptiens pensaient que le savoir et la connaissance leur avaient été transmis par des livres et des écrits que Thot avait volontairement abandonnés dans des temples. Cependant, la conscience aiguë qu'il a de sa supériorité intellectuelle le rend ennuyeux, présomptueux et pompeux. Il aime les discours soignés, les formules alambiquées et affecte les tons empruntés. Souvent il agace les autres divinités qui ne manquent pas de le lui faire remarquer. Ses compétences s'étendent aussi au domaine des mathématiques dans lequel il excelle. Les Grecs donnent le nom de leur dieu Hermès à la divinité égyptienne Thot. Thot-Hermès est l'inventeur de l'écriture, de l'astronomie, de la lyre. Depuis que la démocratie s'était établie à Athènes, les jeunes gens qui voulaient s'occuper des affaires publiques s'étaient d'abord formés à la politique par l'exemple des grands hommes d'état. Mais les progrès de la démocratie, où la parole était toute-puissante, suscitèrent des maîtres de rhétorique : les sophistes, qui eurent des disciples enthousiastes, mais aussi de violents détracteurs. Les vieux athéniens attachés à la Tradition les regardaient comme des corrupteurs. Ce pouvoir reconnu de la rhétorique coïncide à Athènes avec l'avènement de la démocratie où la question du bien-parler est devenue une question centrale. Les citoyens y deviennent de véritables acteurs de la vie politique siégeant dans les assemblées et les tribunaux. L'agora, la place publique, n'est plus seulement lieu de commerce mais lieu de parole et de pouvoir. Dans cette civilisation de la langue, le pouvoir n'appartient ni aux mieux nés, ni aux plus forts, ni aux plus sages, mais à ceux qui savent parler. Puisque ce sont les citoyens qui décident c'est eux qu'il faut persuader. Ce ne sont plus les armes qui sont les instruments du pouvoir mais les mots. D'où la prolifération des « spécialistes », qu'on les appelle sophistes ou rhéteurs, qui se font fort, moyennant finance, d'enseigner aux jeunes Athéniens l'art oratoire, art de persuader de tout et de n'importe quoi. Nous sommes dans un contexte de passage du mythos au logos (les deux termes veulent dire alors « parole »), de changement de structure familiale. Les Grecs anciens croyaient en la solidarité familiale, soit la continuation de la vie du père dans le fils qui hérite de sa gloire (ou de sa honte), et de ses obligations morales et matérielles. C'est une société clanique. La démocratie apporte la destruction de la société patriarcale. Le rationalisme va faire apparaître l'individu libéré des liens du clan. Ce rationalisme est rendu possible grâce à l'écriture. Mais Socrate est un pré-socratique : il est encore dans une culture tragique. Socrate est aussi un sophiste, mais différent des autres. Il ne se fait jamais payer, il n'est pas « un marchand » de sagesse. Il oppose à leurs conférences et à leurs cours, le dialogue (dialectique socratique). Il faut se poser des questions et les sophistes nous en empêchent. …............................................................................................................................................................ Le discours de Lysias était un discours écrit que Phèdre dissimulait sous son manteau et dont il a simplement fait la lecture. Le discours de vérité peut-il s'inscrire dans cette forme écrite, ou ne risque-t-il pas d'y perdre sa qualité essentielle : la dialectique ? « Convient-il ou ne convient-il pas d'écrire ? » Socrate entame le débat en racontant un mythe : le mythe de Theuth, divinité égyptienne à qui on attribue l'invention de l'écriture ainsi que du calcul, de la géométrie, et de jeux comme le tric-trac et les dés. Theuth s'en alla présenter ses découvertes à Thamous, roi d'Égypte. Quand il en vint à présenter l'écriture il vanta ses mérites en disant que, grâce à elle, les Égyptiens gagneraient « plus de science et plus de mémoire ». Mais tel n'est pas l'avis de Thamous, dans la bouche de qui Socrate met ses principaux griefs contre l'écriture : —Loin de faciliter la mémoire l'écriture favorisera l'oubli, car ce qui est écrit n'a plus besoin d'être mémorisé. La mémoire écrite est une mémoire morte, par laquelle la faculté de mémorisation, mémoire vivante indispensable à l'activité intellectuelle, dépérit. « Cet art produira l'oubli dans l'âme de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur mémoire » Theuth se trompe en croyant faciliter la mémoire, ce qu'il facilite c'est seulement la remémoration, c'est-à-dire la capacité à retrouver une information qui n'a pas été stockée dans l'esprit mais seulement sur du papier. Loin de faciliter la vie intellectuelle, cette capacité de stockage externe favorise un esprit paresseux, qui croit qu'il suffit d'ouvrir un livre ou de cliquer sur un ordinateur pour penser. — Si l'écriture ne développe pas la mémoire, elle ne développe pas non plus la science. Là encore celui qui a accumulé beaucoup de choses écrites se trompe en imaginant être savant. Les savoirs qui sont emmagasinés dans sa bibliothèque sont eux aussi des savoirs morts. l'écriture ressemble à la peinture (c'est d'ailleurs le même verbe en grec qui signifie peindre et écrire). La peinture représente des êtres qui ont l'air vivants mais « qui restent figés dans une pose solennelle et gardent le silence ». La chose écrite souffre du même défaut. Elle est immuable, écrite une fois pour toutes, elle signifie toujours la même chose, on ne peut ni l'interroger, ni la faire évoluer, elle est muette. Il lui manque la dimension indispensable de la pensée : le dialogue. Socrate ne condamne cependant pas totalement l'écriture. On peut lui trouver un avantage dans le fait qu'elle facilite la remémoration. Elle peut aider celui dont la mémoire est défaillante à retrouver ce qu'il sait. ….................................................. L’une des questions posées ici à propos de l’écriture est d’essence éthique et morale. Car il s’agit de savoir si cette technique, l’écriture, est bonne ou mauvaise, produira du bien ou du ma défendaient pas eux-mêmes (ceci signifie qu’ils ne sont pas responsables de ce qu’ils ont écrit). Quelle place et quelle fonction l’écriture peut-elle et doit-elle avoir dans la Cité ? Sur quoi se fonde ce que dit Socrate ? Sur les “anciens” qui possèdent le “vrai”. Chez les grecs, ce sont en effet les anciens qui ont l’autorité parce qu’ils sont près des origines, des fondements, des principes dont tout découle. Si nous pensons la situation du mythe et de l’inventeur des techniques, ce dernier vient présenter ses nouvelles techniques au Roi c’est-à-dire au pouvoir. Il y a un rapport étroit au cours de l’histoire entre l’écriture et le pouvoir. C’est le cas en Égypte où seuls, certains, ceux qui exercent ou sont proches du pouvoir, connaissent l’écriture. D’ailleurs, dans ce récit de Platon, c’est du pouvoir que la technique tirera ou non sa légitimité ; c’est le roi Thamous qui accorde ou non la possibilité de développer celle-ci. C’est le roi qui juge, fixe la valeur de cette production. On peut, d’une façon plus générale, se demander qui, dans une société donnée, détient le pouvoir de dire si telle ou telle science ou telle ou telle technique doit être développée et appliquée. Est-ce celui qui détient le pouvoir, par exemple un roi dont le pouvoir serait garanti par dieu? Est-ce le peuple souverain dans une démocratie ? Est-ce le pouvoir technique et scientifique (ce que l’on nomme technocratie)? Dans ce texte, Platon distingue celui qui produit une technique ou un savoir nouveau (point de vue du producteur) et celui qui juge de la valeur de cette nouvelle production. Celui qui fait n’est pas le plus apte pour dire s’il faut le faire et si sa production est bonne ou mauvaise. Le technicien n’est pas une bonne référence pour émettre un jugement fondé. D’ailleurs, dans ce mythe, Theuth, en tant que père, que géniteur, se leurre sur sa propre descendance. Pour Platon et Aristote, c’est l’usager qui est le meilleur juge de l’ouvrage dans la mesure où celuici a été fait pour répondre à un besoin naturel. L’artisan a une action fabricatrice qui porte sur les moyens et la fin qui le dépasse : c’est celui qui habite la maison qui est meilleur juge que celui qui l’a construite Quels sont les arguments développés par Theuth en faveur de l’écriture ? Ils sont au nombre de deux : elle donnerait plus de mémoire et plus de science, plus de savoir. En effet, l’écriture est un mode de fixation des informations qui donnent à celles-ci plus de consistance et une sorte de quasi-éternité : ce qui est écrit est fixé dans la matière. Alors que la parole, par définition, ne dure que le temps de sa profération, de son émission. Elle disparaît au moment même où elle est émise ; elle est de l’ordre de l’éphémère, du souffle, de la quasi-existence, du seul présent et donc de la présence. Aussi, on peut penser que l’écriture est le meilleur remède (pharmakon) contre l’oubli. Mais par un retournement, le roi va montrer que ce pharmakon, ce remède contre l’oubli est en fait une drogue, un poison, un philtre (pharmakon). Il a l’effet opposé à ce que pense son inventeur : loin de donner la mémoire, l’écriture apportera l’oubli. Mais pourquoi une technique qui est censée apporter de la mémoire pourrait-elle apporter de l’oubli? Par un phénomène d’extériorisation de l’être, par son passage au-dehors, dans l’extériorité de leur être propre. Apparaît ici une opposition qui est corrélative de l’instauration de la philosophie avec Platon, à savoir, l’opposition entre l'intérieur et l'extérieur, entre le dedans et le dehors, entre le caché et le manifeste. L’être n’est vraiment être que s’il tient en lui-même, par lui-même. Or l’écriture est une technique qui oblige l’être à passer par l’extérieur, le dehors, l’étranger qui est synonyme d’aliénation. Car le passage par l’extérieur est en même temps détour de soi, perte de soi, de son intériorité, de sa puissance propre, de son autonomie car le sujet se reposera sur des signes, des inscriptions placées au dehors. Bref, l’écriture est la chute dans l’hétéronomie, dans la perte de soi et de ses propriétés. Mais la vraie mémoire n’est pas la simple restitution d’informations ; l’écriture ne constitue qu’une possibilité de conserver les informations sans être ni la mémoire véritable (tout au plus d’un aidemémoire) ni un savoir véritable qui est travail de soi sur soi par soi c’est-à-dire ce que l’on nomme pensée véritable. Or l’écriture produit l’oubli de soi et du travail sur soi, dans la mesure où la mémoire trouve à l’extérieur d’elle-même ce qu’elle pouvait trouver en elle. On peut noter au passage que ceux qui auront acquis cette technique de mémorisation sont nommés par Platon des “savants d’illusions” (doxosophoï) qui est la qualification même des sophistes qui prétendent être compétents en tout, être des polytechniciens (de poly qui veut dire beaucoup). En réalité, les sophistes ne sont que des prétendus ou soi-disant savants ; ils ne sont que de pâles imitateurs de ceux qui savent, des “imitateurs de celui qui sait“. Ils ne donnent pas, par leurs techniques (leur mnémotechnique) la mémoire mais les mémoires faites de citations, d’archives, de listes , de généalogies etc. La mémoire exercée par les sophistes permet de parler sans savoir, de réciter sans penser. Ainsi, ce que l’âme trouve à l’extérieur de soi, ce n’est pas le véritable savoir mais l’illusion de ce savoir. L’écriture crée de l’oubli dans l’âme dans la mesure où celle-ci pense qu’elle n’a plus besoin d’apprendre, de travailler pour savoir. Mais elle est aussi source d’illusion sur le savoir véritable. Elle est ce qu’il faut nommer un simulacre, une apparence qui se fait passer pour la vérité Que manque-t-il encore à l’écriture? C’est la vie elle-même. Elle est une technique de la mort, de la séparation, de l’absence, de l’irresponsabilité. En effet, l’écriture partage avec la peinture (en grec ancien, le même verbe graphein désigne, à la fois, l’acte d’écrire et l’acte de peindre) la même caractéristique : elle donne l’illusion de la vie. Car l’écrit, comme la mort, est ce qui reste identique à soi, alors que la vie est, à l’opposé, diversité, changement, variabilité. Ainsi l’écrit s’oppose à la parole qui est l’expression de la vie même. Mais ce qui est grave, est que l’écriture, à la façon de la peinture, mime la vie, donne le semblant, l’illusion de la vie. En effet, pour Platon, la peinture est une copie, une imitation, une mimesis des choses sensibles. Elle ne peut donner que l’illusion de la vie et ne peut pas rendre de la vie elle-même.Ainsi, se met en place ici une opposition centrale entre ce qui est naturel et ce qui est artificiel, c’est-à-dire de l’ordre de la technique. Dans la conception grecque, la caractéristique essentielle d’un être naturel, est le fait qu’il possède le principe du mouvement en lui-même, qu’il est capable de se transformer ou de se mouvoir soi–même spontanément : ce qui est par nature “possède en soi-même un principe de mouvement et de repos”.Alors que ce qui est artificiel, produit par la technè, reçoit du dehors le mouvement dont il est capable. Il n’a pas la capacité de se transformer ou de se mouvoir de soi-même, spontanément. L’arbre qui croît naturellement, le fait à partir de lui-même mais lorsque le menuisier utilise les planches qu’il a découpées dans l’arbre mort, il lui applique, par sa technè, un principe qui lui est extérieur. La technique ne tient pas seule ; elle n’est pas autonome

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