Atelier 12 la technique


ATELIER 12                                         La technique

Qu'est-ce que la technique ?

1/ La technè grecque

Définitions : (Encyclopédia universalis)

Technique, du grec technè, remonte à un verbe très ancien « teuchô » (cité seulement par les poètes) : radical « t(e)uch, terme indo-européen dont le sens central chez Homère est « fabriquer », « construire », « produire ».
Tuchos (outil, instrument) est aussi l'instrument par excellence : l'arme. Déjà chez Homère s'accomplit le passage de ce sens à celui de « causer », « faire », « être », « amener à l'existence, souvent détaché de l'idée de fabrication matérielle, mais jamais de celle de l'acte approprié et efficace ; la dérivé tuktos, « bien construit », « bien fabriqué » en vient à signifier « achevé », fini » « complété » ; tektôn, au départ « le charpentier », est aussi chez Homère « l'artisan » ou « l 'ouvrier » en général, et ultérieurement le maître dans une occupation donnée, finalement le bon constructeur, producteur ou auteur.
Technè devient rapidement la production ou le faire efficace, adéquat en général (non nécessairement relié à un produit matériel), la manière de faire corrélative à une telle production, la faculté  qui la permet, le savoir-faire productif relatif à une occupation et (à partir d'Hérodote, de Pindare et des Tragiques), le savoir-faire en général, donc la méthode, manière, façon de faire efficace.
Le terme arrive ainsi à être utilisé (fréquemment chez Platon) comme quasi-synonyme du savoir rigoureux et fondé, de l'épistémè.

Méthode : D'origine grecque « méthodos » (poursuite ou recherche d'une voie), formé à partir de méta (après, au-delà, qui suit) et de hodos (chemin, voie). Méthode signifie donc un chemin tracé à l'avance, qui conduit à un résultat.
La méthode, ou bien se rapporte à la meilleure façon de conduire un raisonnement, ou bien est un programme de recherche. Une méthode répond d'abord à une question pratique : comment faire, quoi entreprendre, afin d'atteindre un but donné.
Le domaine du savoir n'est pas exclusif du faire ; nous avons besoin de sortir de nous-mêmes pour nous assurer de la justesse de nos idées et recueillir de l 'information. La méthode combine deux éléments : pratique et théorique. Cette composante d'action que comporte la connaissance, c'est ce que nous appelons expérience. L'expérience n'est jamais entièrement passive.

Épistémè: Science, c'est-à-dire savoir constitué et vertu = être savant en acte.

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« l'opposition dressée entre la culture et la technique, entre l'homme et la machine, est fausse et sans fondement : elle ne recouvre qu'ignorance ou ressentiment. Elle masque derrière un facile humanisme une réalité riche en efforts humains et en forces naturelles, et qui constitue le monde des objets techniques, médiateurs entre la nature et l'homme. »

G.Simondon, philosophe.

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« A l'idée grecque de l'homme vivant possédant le logos, le parler-penser, les modernes ont juxtaposé, et même opposé, l'idée de l'homo faber, l'homme défini par la fabrication d'instruments, donc la possession d'outils.
Le cortex des singes supérieurs montre que chez eux « articulation et gesticulation sont équipées de manière infra-humaine mais les possibilités physiques d'organiser les sons et les gestes existent déjà  dès les premiers anthropiens connus. L'Homme fabrique des outils concrets et des symboles, les uns et les autres recourant dans le cerveau au même équipement fondamental. Le langage et l'outil sont l'expression de la même propriété de l'homme. Le même dégagement par rapport à l'immédiat est en jeu. »

« La première étape vers l'humanisation réside dans l'acquisition de la station debout qui permet la libération des membres antérieurs pour la préhension et la réduction des contraintes mécaniques de la voûte crânienne. La deuxième étape est atteinte avec l'homo faber dont l'activité va de pair avec la possession d'un langage symbolique.
L'Homme fabrique des outils concrets et des symboles, les uns et les autres relevant du même processus ou plutôt recourant dans le cerveau au même équipement fondamental. »

André Leroi Gourhan (ethnologue, archéologue, historien spécialiste de la préhistoire.)
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Pour compléter cette définition de la technique  qui recouvre aussi bien le domaine artistique, l'artisanat, le langage et le savoir lié au savoir-faire, nous devons aussi examiner ce qu'en dit l'anthropologie par le concept  d'« hominisation ».

L'hominisation est l'ensemble des processus évolutifs, physiques, physiologiques et psychiques qui caractérisent le passage du primate à l'Homme (homo sapiens).

« J'appelle technique, un acte traditionnel efficace. Il faut qu'il soit traditionnel et efficace. Il n'y a pas de technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition. C'est en quoi l'homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses techniques et très probablement par leur transmission orale. »
Marcel Mauss (anthropologue)

Marcel Mauss  a  parlé de « technique du corps » :ce sont les façons dont les Hommes, société par société, d'une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps.
Mauss remarque que les techniques du corps sont au croisement de trois domaines : biologique, sociologique et psychologique. 
Les techniques du corps ne sont pas les gestes qui pour Mauss sont nos mouvements corporels irréfléchis, dénués de but. Dans les techniques du corps, le corps est envisagé comme un instrument. Ce sont les mouvements conscients et inconscients qui nous permettent précisément de réaliser nos buts, d'agir sur le monde. Nos techniques sont essentiellement un construit social (par imitation ou éducation).

2/ PHARMAKON

En Grèce ancienne, le terme de pharmakon (drogue) désigne à la fois le remède, le poison et le bouc-émissaire.
Tout objet technique est pharmacologique : il est à la fois poison et remède. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin, au sens où il faut y faire attention : c'est une puissance curative dans la mesure et une puissance destructive dans la démesure.

Toute technique est originairement ambivalente. Par exemple le feu, le langage et l'écriture.


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