Atelier 2

Atelier 2 Lecture : la Théogonie. Hésiode
Ouranos lance une malédiction à Khronos : l'un de ses fils le détrônera à son tour. Ainsi naissent les Erényes.
« Le premier qui naquit fut le Vide, suivi par la Terre à la vaste poitrine, séjour à jamais infrangible de tous les dieux, qu'ils occupent les monts neigeux de l'Olympe, ou le Tartare brumeux dans le sol aux routes profondes ; puis l'Amour, le plus beau des dieux qui sont et qui furent,briseur de membres, qui de tous les dieux et les hommes dompte le cœur et la sage pensée au fond des poitrines. Puis, du vide naquirent l'Erèbe (obscurité) et la Nuit noiraude. De la nuit naquirent l'Ether
et le Jour, deux frères qu'elle avait conçus en s'unissant à l'Erèbe.
Tout d'abord, la Terre enfanta le Ciel peuplé d'astres, qui est égal à elle, afin qu'elle en soit recouverte, et qu'il soit pour les dieux un séjour à jamais infrangible, puis les hautes Montagnes, riants refuges des Nymphes, ces déesses qui vivent en haut des gorges abruptes ; elle enfanta
l'infertile Mer boursouflée par les vagues, et le Tartare, mais sans étreinte amoureuse ; puis elle enfanta, des amours du ciel, l'Océan qui bouillonne, et Coeos, et Crios, et Japet et Hypérion, et puis Théia, Rhéa, Thémis, et aussi Mnémosyne, et Phoibè au diadème d'or et Téthys l'adorable ; elle enfanta en dernier Cronos aux ruses retorses : lui, le pire des fils, haïssait son père fertile.
Elle enfanta les cyclopes dont l'âme est remplie de superbe, Stéropès, Brontès et Argès au cœur intrépide, qui donnèrent à Zeus le tonnerre et forgèrent la foudre, et qui seraient en tout point semblables aux dieux célestes, s'ils n'avaient au milieu du front cette unique prunelle. La raison
pour laquelle ils reçurent le nom de Cyclopes est qu'ils portaient au front cet œil en forme de cycle.
La vigueur, la violence et l'art régissent leurs actes.
D'autres naquirent aussi du Ciel uni à la Terre, trois immenses fils, insolents, à peine nommables, Briarée, Cottos et Gyès, arrogante famille : ils avaient cent bras qui leurs pendaient des épaules,
bras redoutables, cinquante têtes qui leur poussèrent sur les épaules, couronnant leur corps redoutable, et une immense vigueur surmontait leur grande carrure. Ceux qui naquirent ainsi du Ciel
uni à la Terre, les plus terribles des fils n'inspiraient à leur père que haine, dès l'origine : sitôt que l'un deux venait à naître, il le cachait, sans le laisser contempler la lumière, dans les replis de la terre:le Ciel se plaisait à l'horrible tâche, et la Terre géante criait du dedans, sanglotante, étranglée.
Concevant une ruse horrible, perfide, elle créa aussitôt l'acier, espèce blanchâtre, fit une grande serpe, et dit à ses fils ces paroles, pour les encourager, le cœur rempli d'amertume : « Ô mes enfants,
d'un père insolent, faites-m'en la promesse, obéissez et châtiez l'outrage funeste de votre père, qui lepremier trama ces actes infâmes. »Elle se tut. Et tous frémirent de peur, et personne ne dit mot,
quand le grand Cronos aux ruses retorses, s'enhardissant, répondit par ces mots à sa mère vaillante :
« Mère, c'est moi qui accomplirai – je t'en fais la promesse- l'acte, sans respecter le nom ignoble de notre père, qui le premier trama ces actes infâmes. »
A ces mots, la joie vint au cœur de la Terre géante. Elle posta son fils, lui mit en main la terrible serpe à la dent acérée, et lui révéla tout le piège. Vint le vaste Ciel, amenant la nuit. Sur la Terre il s'allongea de tout son corps, désirant ses caresses, ardemment. Son fils embusqué tendit la main gauche, et saisit de la droite la gigantesque serpe, longue, à la dent acérée:d'un coup, il tranche le sexe de son père, le précipite aussitôt par derrière ; il jaillit, ne fuse pas en vain de sa paume : toutes les éclaboussures qui giclent, sanguinolentes, sont reçues par la Terre, qui, l'année chassant l'autre,
enfanta le troupeau d'Erinyes, les Géants effoyables, dont les armes brillent, qui brandissent leurs lances, et les Nymphes qu'on nomme Mélies sur la terre sans borne. Lorsque le sexe fut tranché par
l'acier de la serpe, précipité loin des terres dans l'onde tourbillonnante, il vogua longtemps par les flots. De la chair immortelle jaillit l'affreuse rosée d'écume. Alors, une fille se forma : elle vint
effleurer la divine Cythère, et, de là, parvint à Chypre baignée par les vagues, où la déesse aborda, pudique et belle : et de l'herbe, sous ses pas délicats, poussait : les dieux et les hommes ont nommé la déesse Aphrodite, du nom de l'affreuse rosée d'écume, Cythérée, du nom de Cythère, [née de l'affreuse rosée, Cythérée à la belle couronne,] fille de Chypre, du nom de l'île battue par les vagues,l'Ami des rires, du nom des rires que donne le sexe. Le Désir splendide et l'Amour lui firent escorte, dès sa naissance, lorsqu'elle gagna la troupe divine. Elle reçut, depuis le premier instant, en partage, chez les hommes et chez les dieux qui sont et qui furent, les murmures des filles, les ruses, tous les sourires, et les amours, la tendresse, les douces réjouissances. Ceux que le vaste Ciel avait enfantés de lui-même furent nommés Titans par leur père épris de discorde : puisque ces tiges tendaient,
disait-il, à grandir pour le pire, elles s'attireraient avec le temps la vengeance.
De la nuit naquirent l'ultime Destin, la noirâtre Kère et la Mort, et naquirent le Somme et la race des Songes : la ténébreuse Nuit les conçut sans s'unir à personne. Puis elle enfanta le Sarcasme, l'âpre Misère, les Hespérides,qui, par-delà l'Océan illustre, soignent les pommes d'or et les arbres qui portent les pommes, puis les Moires, les Kères, vengeresses tenaces, [ et Clotho, Lachésis, Atropos,
qui fixent pour chaque homme à naître le bien et le mal qu'il aura en partage] qui punissent les
crimes commis par les dieux et les hommes, et n'abandonnent jamais leur effrayante colère, qu'elles n'aient infligé un cruel châtiment au coupable. La pernicieuse Nuit enfanta la calamiteuse Némésis ; après elle, la Séduction, la Caresse, la Vieillesse lugubre, la Lutte au cœur redoutable.
Puis la Lutte funeste enfanta la Peine dolente, enfanta l'Oubli, la Faim, les Douleurs sanglotantes, les Mêlées, les Combats, l'homicide Tuerie, le Carnage, les Disputes, les Discours menteurs, les
Discordes, l'Indiscipline et l'Erreur, ces deux compagnes semblables, et le Serment qui porte à l'homme vivant sur la terre le plus grand châtiment, s'il choisit de commettre un parjure. Or, l'Abîme
enfanta Nérée, véridique et sincère, qui fut l'ainé de ses fils : le Vieux, c'est ainsi qu'on l'appelle, parce qu'il est infaillible et clément et qu'il garde en mémoire l'ordre, les lois, et sait des pensées clémentes et justes. Il engendra le grand Thaumas...
Puis Thaumas choisit pour épouse Electre, la fille de l'Océan profond, qui conçut Iris la rapide, les Harpyes aux longs cheveux, Vole-vite et Bourrasque, qui accompagnent le vol des oiseaux et le
souffle des brises, de leurs ailes rapides qui s'envolaient, aériennes...
Rhéa soumise à Cronos enfanta des enfants magnifiques, Déméter, Histiè, Héra aux sandales
splendides, l'impétueux Hadès, le dieu au cœur invincible, demeurant sous le sol, le puissant Ebranleur de la terre, Zeus, le dieu de ruse, le père des dieux et des hommes, qui secoue le vaste sol
sous les coups de sa foudre. Mais le grand Cronos dévora ses enfants, quand ils vinrent sur ses genoux au sortir du ventre sacré de leur mère, craignant qu'un autre fils des généreux Ouranides,
chez les dieux, ne lui prît les prérogatives royales. Il savait par la Terre et le Ciel aux étoiles nombreuses qu'il serait dompté par son fils à l'heure fatale, tout puissant qu'il était : par les ruses de
Zeus l'immense. Sans se laisser distraire, il épiait, restait sur ses gardes, dévorait ses enfants. Et une douleur sans remède prenait Rhéa. Mais lorsque le père des dieux et des hommes, Zeus, allait naître,
elle vint prier ses parents, suppliante, ses parents à elle, la Terre et le Ciel peuplé d'astres, de fomenter une ruse, pour qu'elle accouche en cachette, pour que soient vengées les Erinyes de son
père et de ses fils dévorés par Cronos aux ruses retorses. Ils écoutèrent leur chère fille et lui obéirent, lui révélant ce qui était imparti par avance au roi Cronos ainsi qu'à son fils le Cronide farouche..La terre géante prit Zeus avec elle, pour le nourrir et l'élever dans la vaste crète.
Rhéa remit une pierre emmaillotée de langes au premier souverain des dieux, au prince ouranide, qui s'en saisit goulûment et l'engloutit dans son ventre, l'insensé ! Dans son cœur, il ignorait qu'à la place de la pierre, un fils grandissait, insouciant, invincible, qui, plus tard, viendrait le dompter par ses mains et sa force, le dépouiller de tout, et régner sur la troupe immortelle !
Or, la vigueur et les membres splendides grandirent vite chez cet enfant royal. Et quand les saisons s'en revinrent, pris au piège des fourbes conseils conseillés par la Terre, le grand Ccronos aux retorses pensées recracha son engeance, succombant à l'art de son fils : à sa ruse, à sa force ! Il vomit d'abord la pierre, avalée la dernière.

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