Prométhée

ATELIER 5 Prométhée

Lecture 1
« L'Océanide, Clymène, la vierge aux fines chevilles, fut épousée par Japet, qui monta sur la couche
commune.
Elle conçut de lui Atlas à l'âme farouche. Elle enfanta le très orgueilleux Ménoetios, et le
fourbe, vif, Prométhée, puis Epiméthée à l'âme fautive, qui causa les malheurs des hommes
mangeurs de farine, en recevant le premier la femme que Zeus avait faite, une vierge.
Zeus tonnant envoya dans l'Erèbe le violent Ménoetios, le frappant de sa foudre fumante : il punissait sa folie et sa force à nulle autre semblable. Sous la contrainte, Atlas supporte la voûte céleste, là où la terre prend fin, face aux Hespérides sonores, sur sa nuque, debout, de ses bras ignorant la fatigue : tel
destin lui fut assigné par Zeus, dieu de ruse.
Zeus enchaîna Prométhée le fourbe de liens infrangibles, faisant passer par le cœur d'un pilier les
pénibles entraves : il fit alors surgir un aigle aux ailes ouvertes, qui dévorait son foie immortel : ce
que le rapace lui avait dévoré le jour repoussait la nuit même...
Lorsque en effet les dieux et les hommes se séparèrent à Méconé, Prométhée avait, le cœur plein de
zèle, partagé un grand bœuf, en trompant la pensée du Cronide. Car pour l'un, il plaçait les chairs et
les grasses entrailles dans la peau, couvrant le tout de panse bovine, mais,pour l'autre, arrangeait les
os blancs, artifice perfide, bien en ordre, couvrant le tout de graisse brillante.
Lors le père des dieux et des hommes lui dit ces paroles : « Fils de Japet, remarquable entre tous les
maîtres qui règnent, noble ami, c'est d'un cœur partial que tu fis ce partage. »
Tels étaient les reproches de Zeus aux pensées immortelles. Lors lui répondit Prométhée aux ruses
retorses, en souriant doucement, achevant l'artifice perfide : « Zeus très haut, le plus grand des
dieux qui sont et qui furent, prends la part que dans ta poitrine ton cœur te suggère. »
Il parlait fourbement. Mais Zeus aux pensées immortelles sut dévoiler la ruse. Il ourdit des malheurs
en son âme pour les humains mortels, qui devaient s'accomplir par la suite. De ses deux mains, il
retira la graisse blanchâtre. Le courroux le prit, la colère parvint dans son âme, lorsqu'il vit les os
blancs du bœuf, artifice perfide.
Depuis lors, les races des hommes vivant sur la terre brûlent aux dieux, sur l'autel fumant, les os
blancs des offrandes.
Zeus l'assembleur de nuées s'emporta, et lui dit ces paroles : « Fils de Japet, expert en ruse à nul
autre semblable, noble ami, tu n 'as pas oublié l'artifice perfide. » Il se tut, le grand Zeus courroucé, aux pensées immortelles. Et depuis lors, conservant la tromperie en mémoire, il cessa de lancer sur les frênes le feu inlassable en l'honneur des humains mortels qui habitent la terre.
Mais le fils vaillant de Japet sut tromper sa puissance et déroba l'immense éclat de la flamme
inlassable dans la férule creuse : il sentit dans son cœur la morsure, Zeus qui tonne très haut ! La
bile monta dans son âme, lorsqu'il vit au loin, chez les hommes, la flamme brillante ! Il créa aussitôt
un autre mal pour les hommes. »

Hésiode- La Théogonie
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.« ...Pauvre niais, ignorer que moitié sur le tout l'emporte ! Et que profit se blottit dans la mauve et
dans l'asphodèle !
Car les dieux ont enfoui la nourriture des hommes. Autrement, tu ne travaillerais qu'un jour, pour
produire facilement de quoi te nourrir une année sans rien faire. Ton gouvernail, tu l'accrocherais
vite au-dessus de l'âtre ! Evanoui, le travail des bœufs et des mules patientes ! Zeus a enfoui les
vivres, se courrouçant en son âme, le jour où le trompa Prométhée aux ruses retorses !
Zeus, voulant infliger aux hommes des peines funestes, cacha le feu : et le fils vaillant de Japet,
pour les hommes, là aussi, vola le feu à Zeus, dieu de la ruse, dans la férule creuse, à Zeus que
réjouit le tonnerre !... »

Hésiode- Les Travaux et les Jours


Lecture 2
« Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le
destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre
d'un mélange de terre et de feu et des éléments qui s'allient au feu et à la terre. Quand le moment de
les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Epiméthée de les pourvoir et
d'attribuer à chacun des qualités appropriées.Mais Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser
faire seul le partage. « Quand je l'aurai fini, dit-il, tu viendras l'examiner. » Sa demande accordée, il
fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans vitesse, aux autres la vitesse sans la
force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d'autres moyens
de conservation ; car à ceux d'entre eux qu'il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes
pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l'avantage d'une grande taille, leur
grandeur suffit à les conserver, et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces
mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eut
fourni les moyens d'échapper à une destruction mutuelle, il voulut les aider à supporter les saisons
de Zeus ; il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peau serrées, suffisantes pour les
garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le
temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres à chacun d'eux ; il leur donna en outre comme
chaussures, soit des sabots de corne, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang ; ensuite il leur
fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l'herbe du sol, aux autres les fruits des
arbres, aux autres des racines ; à quelques-uns même il donna d'autres animaux à manger ; mais il
limita leur fécondité et multiplia celle de leurs victimes, pour assurer le salut de la race.
Cependant Epiméthée qui n'était pas très réfléchi, avait, sans y prendre garde, dépensé pour
les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir et il ne
savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage ; il voit les animaux
bien pourvus, mais l'homme nu, sans chaussures, ni couverture, ni armes, et le jour fixé approchait
où il fallait l'amener du sein de la terre à la lumière.Alors Prométhée, ne sachant qu'imaginer pour
donner à l'homme le moyen de se conserver, vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts
avec le feu ; car, sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile;et il en fait présent à
l'homme. L'homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie ; mais il n'avait pas la science
politique ; celle-ci se trouvait chez Zeus, et Prométhée n'avait plus le temps de pénétrer dans
l'acropole que Zeus habite et où veillent d'ailleurs des gardes redoutables. Il se glisse donc
furtivement dans l'atelier commun où Athéna et Héphaïstos cultivaient leur amour des arts, il y
dérobe au dieu son art de manier le feu et à la déesse l'art qui lui est propre, et il en fait présent à
l'homme, et c'est ainsi que l'homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite,
Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu'il avait commis par la faute d'Epiméthée.
Quand l'homme fut en possession de son lot divin , d'abord à cause de son affinité avec les
dieux, il crut à leur existence, privilège qu'il a seul de tous les animaux, et il se mit à leur dresser
des autels et des statues ; ensuite il eut bientôt fait, grâce à la science qu'il avait, d'articuler sa voix
et de former les noms des choses, d'inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de
tirer les aliments du sol. Avec ces ressources, les hommes, à l'origine, vivaient isolés, et les villes
n'existaient pas ; aussi périssaient-ils sous les coups des bêtes fauves, toujours plus fortes qu'eux ;
les arts mécaniques suffisaient à les faire vivre ; mais ils étaient d'un secours insuffisant dans la
guerre contre les bêtes ; car ils ne possédaient pas encore la science politique dont l'art militaire fait
partie. En conséquence ils cherchaient à se rassembler et à se mettre en sûreté en fondant des villes ;
mais quand ils s'étaient rassemblés, ils se faisaient du mal les uns aux autres, parce que la science
politique leur manquait, en sorte qu'ils se séparaient de nouveau et périssaient.
Alors Zeus, craignant que notre race ne fût anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la
pudeur et la justice, pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l'amitié. »

Platon- Protagoras

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